Le numérique a-t-il tué le romantisme amoureux ?

En prolongement du corpus sur lequel vous avez souffert ce matin, je vous propose de découvrir l’ensemble de la BD de bouletcorp, « l’amour est-il soluble dans le numérique ? » : cliquez ici 

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Et pour prolonger la réflexion plus générale sur la séquence I, un article intéressant du Monde qui évoque la première grande étude scientifique portant sur les utilisateurs de Facebook :

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« Ce fut comme une apparition »

Puisque certains d’entre vous, à travers les textes que nous avons étudiés en classe, ont pu avoir l’impression que les romanciers réalistes et naturalistes n’offrent de l’amour que l’image pessimiste de couples mal assortis, plongés dans la désillusion et un quotidien peu romanesque, voici un tout autre extrait, parmi les plus célèbres de Flaubert. Car il a aussi écrit avec virtuosité l’intensité du coup de foudre et de la passion amoureuse, comme vous pourrez le constater, dans une scène bien différente de celle que nous avons étudiée dans Un Coeur simple :

Frédéric rencontre pour la première fois Mme Arnoux sur un bateau. 

Ce fut comme une apparition :

Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans l’éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu’il passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda.

Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au vent derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l’ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l’air bleu.

Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa manœuvre ; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d’observer une chaloupe sur la rivière.

Jamais il n’avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. Il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu’elle avait portées, les gens qu’elle fréquentait ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n’avait pas de limites.

Flaubert, l’Éducation sentimentale, 1869, chap. 1

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(image tirée d’une adaptation cinématographique de 1973 de Michel Cravenne)

La méthode de travail de Flaubert

Romancier réaliste, Flaubert accumule une considérable documentation avant d’écrire ses livres. Pour Un Coeur Simple, par exemple, on a retrouvé de nombreuses notes manuscrites détaillées sur les symptômes et les traitements de la pneumonie (maladie dont va mourir Félicité), sur les psaumes, litanies, cantiques chantés par la procession quand meurt Félicité, sur les perroquets (aspects, caractère, nature, nourriture — boisson — bain — manies)…

Le travail préparatoire de Flaubert, fait de multiples ébauches, est impressionnant. Jugez-en par vous-même en observant l’un de ses brouillons :

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Félicité, un coeur simple

Dans le prolongement du texte que nous avons étudié en cours, je vous propose la lecture de deux autres extraits du conte écrit par Flaubert, Un Coeur simple. Dans le premier extrait, vous verrez comment Flaubert réinvente à sa manière l’héroïsme de son personnage principal. À la lecture du second, tout à la fin du conte, vous pourrez vous interroger sur l’intention de Flaubert, entre ironie et pathétique (pensez à l’extrait de sa lettre vu en classe).

extrait 1 : Un soir d’automne, on s’en retourna par les herbages.
La lune à son premier quartier éclairait une partie du ciel, et un brouillard flottait comme une écharpe sur les sinuosités de la Toucques.
Des bœufs, étendus au milieu du gazon, regardaient tranquillement ces quatre personnes passer. Dans la troisième pâture quelques-uns se levèrent, puis se mirent en rond devant elles. — -« Ne craignez rien ! » dit Félicité ; et, murmurant une sorte de complainte, elle flatta sur l’échine celui qui se trouvait le plus près ; il fit volte-face, les autres l’imitèrent. Mais, quand l’herbage suivant fut traversé, un beuglement formidable s’éleva. C’était un taureau, que cachait le brouillard. Il avança vers les deux femmes. Mme Aubain allait courir. — « Non ! non ! moins vite ! » Elles pressaient le pas cependant, et entendaient par derrière un souffle sonore qui se rapprochait. Ses sabots, comme des marteaux, battaient l’herbe de la prairie ; voilà qu’il galopait maintenant ! Félicité se retourna, et elle arrachait à deux mains des plaques de terre qu’elle lui jetait dans les yeux. Il baissait le mufle, secouait les cornes et tremblait de fureur en beuglant horriblement. Mme Aubain, au bout de l’herbage avec ses deux petits, cherchait éperdue comment franchir le haut bord. Félicité reculait toujours devant le taureau, et continuellement lançait des mottes de gazon qui l’aveuglaient, tandis qu’elle criait : — « Dépêchez-vous ! dépêchez-vous ! » Mme Aubain descendit le fossé, poussa Virginie, Paul ensuite, tomba plusieurs fois en tâchant de gravir le talus, et à force de courage y parvint.
Le taureau avait acculé Félicité contre une claire-voie ; sa bave lui rejaillissait à la figure, une seconde de plus il l’éventrait. Elle eut le temps de se couler entre deux barreaux, et la grosse bête, toute surprise, s’arrêta.
Cet événement, pendant bien des années, fut un sujet de conversation à Pont-l’Évêque.
Félicité n’en tira aucun orgueil, ne se doutant même pas qu’elle eût rien fait d’héroïque.

gustaveflaubertcoeursimple04 illustration d’Auguste Leroux

extrait 2 : Vers la fin de sa vie, Félicité recueille un perroquet nommé Loulou auquel elle s’attache presque comme à l’enfant qu’elle n’a jamais eu. Lorsque Loulou meurt, elle le fait empailler pour le garder près d’elle. Seule, malade et vieillissante, Félicité décide d’offrir son perroquet empaillé en offrande lors de la procession religieuse du village. 

Son agonie commença.
Un râle, de plus en plus précipité, lui soulevait les côtes. Des bouillons d’écume venaient aux coins de sa bouche, et tout son corps tremblait. (…)
Le clergé parut dans la cour. La Simonne grimpa sur une chaise pour atteindre à l’œil-de-bœuf, et de cette manière dominait le reposoir.
Des guirlandes vertes pendaient sur l’autel, orné d’un falbala en point d’Angleterre, Il y avait au milieu un petit cadre enfermant des reliques, deux orangers dans les angles, et, tout le long, des flambeaux d’argent et des vases en porcelaine, d’où s’élançaient des tournesols, des lis, des pivoines, des digitales, des touffes d’hortensias. Ce monceau de couleurs éclatantes descendait obliquement, du premier étage jusqu’au tapis se prolongeant sur les pavés ; et des choses rares tiraient les yeux. Un sucrier de vermeil avait une couronne de violettes, des pendeloques en pierres d’Alençon brillaient sur de la mousse, deux écrans chinois montraient leurs paysages. Loulou, caché sous des roses, ne laissait voir que son front bleu, pareil à une plaque de lapis.
Les fabriciens, les chantres, les enfants se rangèrent sur les trois côtés de la cour. Le prêtre gravit lentement les marches, et posa sur la dentelle son grand soleil d’or qui rayonnait. Tous s’agenouillèrent. Il se fit un grand silence. Et les encensoirs, allant à pleine volée, glissaient sur leurs chaînettes.
Une vapeur d’azur monta dans la chambre de Félicité.
Elle avança les narines, en la humant avec une sensualité mystique ; puis ferma les paupières. Ses lèvres souriaient. Les mouvements de son cœur se ralentirent un peu, plus vagues chaque fois, plus doux, comme une fontaine s’épuise, comme un écho disparaît ; et, quand elle exhala son dernier souffle, elle crut voir, dans les cieux entr’ouverts, un perroquet gigantesque, planant au-dessus de sa tête.

gustaveflaubertcoeursimple17illustration d’Auguste Leroux (Félicité à l’agonie et La Simonne qui regarde par la fenêtre la procession religieuse)

Si vous voulez lire le conte entier : cliquez ici

Les Métamorphoses gratuites !

Si vous ne savez que faire de vos we pluvieux d’automne, n’hésitez plus : une exposition gratuite s’offre à vous au Louvre Lens sur le thème des Métamorphoses d’Ovide, l’auteur latin de référence pour la mythologie :

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Au pavillon de verre jusqu’au 21 mars 2016.

Un avant-goût pour vous mettre en appétit ? Cliquez ici !

Boule de Suif : le saviez-vous ?

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Paul-Émile BOUTIGNY, Boule de Suif (1884), huile sur toile 200 x 145 cm. Conservé au Musée des Beaux-Arts de Carcassonne.

  1. Des personnages à clés !

Pour écrire sa nouvelle, Maupassant se serait inspiré de personnes réelles de son époque.

Ainsi, l’héroïne elle-même, Boule de Suif, serait inspirée d’une certaine Adrienne Annonciade Legay, prostituée rouennaise. Née en 1841, celle-ci fut la maîtresse d’un officier puis d’un négociant mobilisé au Havre pendant la guerre. Elle aurait placé un drapeau noir devant sa porte à l’entrée des Prussiens dans Rouen. Elle tomba dans la misère et mourut en 1892.

Cornudet quant à lui, ressemble fort à Charles Cordhomme, second mari de la tante de Maupassant, propriétaire d’un négoce en vins et grand démocrate.

Carré-Lamadon, enfin, ferait penser à un célèbre notable de Rouen, Pouyer-Quertier, propriétaire d’une fabrique de cotonnades.

L’art de l’écrivain réaliste consiste ainsi à observer le réel pour créer.

2.   L’auberge du Cygne à Tôtes existe ! 

Construite en 1611, cette auberge se situe au croisement des routes rejoignant Dieppe à Rouen et Le Havre à Amiens. Elle vit défiler sous son toit des personnes illustres : Messire de Castelmore (plus connu sous le nom de d’Artagnan) y séjourna, mais aussi la marquise de Pompadour (qui en fit un relais de chasse et une poste royale), Napoléon Ier ou les princes d’Orléans.

Flaubert y composa la majeure partie de son célèbre roman Madame Bovary, et son disciple Maupassant y écrivit Boule de Suif. Plus tard, passèrent également dans cette auberge la princesse Victoria, le roi Albert, Eisenhower, Rommel…

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Le web fait-il les révolutions ?

Pour compléter le premier corpus sur lequel nous avons travaillé en cours, vous accèderez au clip de la chanson « revolution.com » en cliquant sur la pochette de l’album :

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Vous pouvez également découvrir ci-dessous deux autres dessins de presse qui montrent le lien entre les nouveaux modes de communication et la révolution démocratique :

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Boule de Suif, Maupassant

Dans le cadre de notre première séquence (« Destins de femmes dans le roman réaliste et naturaliste »), je vous invite à lire la célèbre nouvelle de Maupassant, Boule de Suif.

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Cliquez ici pour accéder au texte intégral de la nouvelle en ligne.

Si vous préférez écouter la lecture de la nouvelle, cliquez ici. 

Une aide ci-dessous pour comprendre le contexte historique :

La guerre de 1870

Inquiet de l’influence grandissante de la Prusse (ancien État de l’Allemagne du Nord), et notamment de la candidature d’un Hohenzollern (famille princière allemande) au trône d’Espagne, Napoléon III tombe dans le piège que lui a tendu le chancelier prussien Bismarck : la France déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870.

Mal préparée et mal dirigée, l’armée française est battue en Alsace, en Lorraine puis à Sedan où Napoléon III est fait prisonnier. Le 1er septembre 1870, l’armée est obligée de capituler.

Le peuple renverse alors l’Empire. Trois jours plus tard, la République est proclamée à Paris. Un gouvernement provisoire (gouvernement de Défense nationale) veut continuer la guerre. Paris est assiégée pendant quatre mois. On y meurt de faim au point que l’on mange l’éléphant et le boa du Jardin des Plantes. Gambetta, après s’être échappé de la capitale en ballon, organise la résistance en province où il lève, à la hâte, des troupes. Quelques succès ici ou là ne parviennent toutefois pas à écarter l’ennemi. Les Prussiens occupent les régions de l’Est et du Nord de la France ainsi que la Normandie où, seule, au nord de la Seine, la poche du Havre est encore aux mains des Français.

Le 28 janvier 1871, Paris capitule et l’armistice est signé. La paix est rétablie par le traité de Francfort. La France doit se soumettre à des conditions très humiliantes.

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